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Immigration, dénonciations, rafles, camps de rétention, expulsions, ...

Le faux problème des sans-papiers

Vers une déshumanisation totale de la question de l’immigration

AdNauseam Editions

Publié le 2 mars 2009

Immigration, dénonciations, rafles, camps de rétention, expulsions. Voici en quelques termes résumée la chasse aux sans-papiers – ces laissés-pour-compte, ceux qui sont stigmatisés dans les médias comme étant ceux qui volent le travail des Français[1] ou encore comme ceux qui apportent la délinquance et la violence dans les quartiers populaires…

Sommaire :

Introduction p. 2

I. Historique p. 5

II. La mise en place de la politique d’immigration de Nicolas Sarkozy p. 12

III. Le Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du développement solidaire p. 20

Conclusion p. 31

Annexe 1 : Les centres et lieux de rétention p. 35

Annexe 2 : Le droit d’asile p. 42

Immigration, dénonciations, rafles, camps de rétention, expulsions. Voici en quelques termes résumée la chasse aux sans-papiers – ces laissés-pour-compte, ceux qui sont stigmatisés dans les médias comme étant ceux qui volent le travail des Français[1] ou encore comme ceux qui apportent la délinquance et la violence dans les quartiers populaires…

Voilà ce à quoi notre gouvernement veut que nous nous habituions.

La question de l’immigration n’est pas nouvelle, ni le problème de l’identité. Le gouvernement actuel ne fait qu’appliquer ce qui avait déjà été entamé par les gouvernements précédents, qu’ils soient de gauche ou de droite.

Disons que depuis l’élection de Nicolas Sarkozy et, de ce fait, depuis la création de son super-ministère-del’immigration, les choses se sont accélérées et tendent vers une déshumanisation encore plus flagrante de la question de l’immigration. Il n’est plus question que de chiffres et de quotas aux dépens de l’aspect humain. Les droits de l’homme les plus élémentaires sont bafoués sans le moindre complexe. La loi se plie à cette nouvelle politique et se trouve sans cesse remaniée à coups de décrets permettant à Brice Hortefeux de rester en accord avec les chiffres annoncés par notre président.

Nous tous avons contribué à l’élection de ce président, et pas seulement le jour où 18 983 138 personnes ont déposé un bulletin « Nicolas Sarkozy » dans l’urne. Bien avant cela. En laissant faire. Bien avant la montée de Jean-Marie Le Pen dans les sondages. Jacques Chirac, en choisissant, en 2002, d’axer principalement sa campagne sur la montée de la violence est l’un des adjuvants à son élection de 2007. Il est donc de notre responsabilité à tous de refuser de voir encore l’Histoire se répéter. Il est de notre responsabilité à tous de refuser l’inhumanité qui illustre si parfaitement notre actuel gouvernement.

J’ai une part de responsabilité dans les rafles et les rétentions que subissent tous ces gens qui sont sans-papiers. Je suis responsable aussi lorsque ces familles sont déchirées, ces enfants sont enlevés jusque dans leur école pour être enfermés à cause de ce qu’ils sont ou plutôt pour ce qu’ils ne sont pas : des Français en règle ! Ces enfants qui ne sont même pas en âge de comprendre ce que sont des papiers d’identité mais qui comprennent que l’on ne veut pas d’eux, ici, en France, alors qu’ils n’ont jamais connu que ce pays. On parle d’eux en tant qu’Immigrés ou enfant d’Immigrés ou encore en tant qu’enfants issus de l’immigration s’ils sont nés sur le sol français.

Mais, si leurs parents ne le sont pas, ils doivent alors payer pour cette grave erreur d’être nés ailleurs. Ils finiront peut-être par avoir honte de ce qu’ils sont, honte de leur famille, ou bien ils se révolteront –qui sait ?- contre un système qui les a exclus. Dans tous les cas, ils n’en sortiront pas indemnes, non, pas quand on est un enfant et que l’on passe plusieurs nuits, voire plusieurs semaines dans un centre de rétention ou que l’on sait l’un de ses parents retenu sans présumer d’un retour au foyer familial ou d’une exclusion définitive du pays. Je suis responsable parce que je vis dans ce pays, aux côtés de ces gens et que j’assiste à ce qui se passe. Et je ne veux pas devenir complice de ces horreurs que l’on fait endurer à ces familles qui n’ont pas de papiers en règle.

L’Union européenne s’est récemment accordée : le temps de rétention s’est uniformisé à dix-huit mois. Dix-huit mois d’enfermement sans avoir commis aucun crime, juste enfermé pour ce que l’on est et même pas pour ce que l’on a fait. Imaginez seulement le traumatisme d’un enfant qui ne fera aucune différence entre une prison et un camp de rétention, qui assistera aux maltraitances quotidiennes, aux révoltes des détenus, à leurs grèves de la faim, au mépris des surveillants, à l’absence de soins pour les gens malades[2]…

Et ceux qui restent, ceux qui n’ont pas de papiers ou à qui l’on refuse une nouvelle carte de séjour et qui n’osent plus en réclamer une nouvelle, comment vivent-ils ? Comment se sentent-ils dans ce pays aujourd’hui ? Ils sont méprisés, maltraités par les Institutions, considérés comme de véritables criminels. Ils se cachent, ils ont peur. Et même les étrangers qui ont des papiers savent que cette situation reste temporaire, incertaine, précaire. Certains ont décidé encore une fois, dix ans après Saint Bernard, de sortir au grand jour lors des manifestations organisées le premier Mai dernier. C’était, pour certains, la première fois qu’ils osaient dire sans honte ce qu’ils étaient : des travailleurs desquels on accepte les cotisations et les impôts mais à qui l’on refuse le droit de séjourner en France. Fiers d’être ce qu’ils sont parce qu’ils se sentent de plus en plus soutenus, par ceux qui ont des papiers, par d’autres qui viennent d’en avoir, par des Maires, et même parfois par certains policiers qui refusent d’appliquer cette politique du chiffre…

Ce qui arrive aux sans-papiers me touche à moi aussi, m’arrive à moi aussi qui possède pourtant ce cher talisman car je suis atteinte par cette politique. Ma vie dans la Cité en a été transformée. Je refuse de continuer de voir fleurir ces horreurs. Je refuse que les enfants, adultes de demain, vivent en considérant rafles et expulsions comme un banal quotidien. Ce n’est pas acceptable et il ne faut donc pas l’accepter. Je refuse de me taire et il est de ma responsabilité d’alerter. Et alerter c’est tout d’abord éclairer les gens, les éloigner de toutes les idées fausses que l’on essaie de leur inculquer. Alerter, c’est essayer de faire comprendre aux Français qu’ils n’ont pas à avoir peur de l’immigration, qu’ils doivent arrêter de croire que la France accueille « toute la misère du monde ». C’est cesser de craindre pour l’emploi en rejetant la responsabilité des chiffres du chômage sur l’immigration. C’est comprendre le sort que l’on réserve aux sans-papiers et les raisons pour lesquelles on leur réserve un tel sort. C’est aussi accepter l’idée que notre pays ne respecte pas les droits de l’homme en matière d’immigration et qu’on laisse faire. C’est prendre conscience que les nouvelles lois sur l’immigration sont des lois xénophobes qui détruisent des familles, qui saccagent des vies humaines dans l’unique intention de satisfaire un électorat raciste.

Il faut cesser d’accepter l’idée que les Immigrés méritent moins que les Français et que, s’ils sont expulsés, c’est normal parce que c’est une question de priorité, priorité entre ceux qui sont nés ici ou pas, entre ceux qui sont là depuis des générations et ceux qui viennent d’arriver, entre ceux qui ont toute leur famille née ici et d’autres qui n’en ont qu’une partie. Il serait normal que les Immigrés soient expulsés parce qu’ils vivent « illégalement » sur notre territoire. Mais cette « illégalité » n’est-elle pas justement à remettre en cause ? Qui dicte ce qu’est la légalité en matière de nationalité ? Sur quels critères ? Dans quel but ?

Non, un immigré ne cherche pas à vivre en situation irrégulière sur le territoire. Il sait que, dans ce cas, il n’a aucune chance d’intégration et son intention n’est pas de rester au ban de cette société, au contraire, il veut que ce pays devienne sa seconde patrie, qu’il l’adopte comme un nouveau fils qui va enrichir la famille. S’il a quitté son pays, c’est parce que la vie n’y était plus possible. Il lui a fallu quitter famille et amis afin d’espérer vivre mieux. C’est un choix difficile qu’il faut absolument essayer de comprendre.

Les restrictions actuelles en matière de circulation des Immigrés ne sanctionnent que les plus pauvres, ceux qui n’ont soi-disant rien à offrir en gagnant un nouveau pays. Comment présumer de cela ? C’est une immigration sélective dont il s’agit, un élitisme xénophobe contre lequel il faut lutter.

Et pour comprendre l’immigration, il faut la regarder dans son historicité afin de voir comment elle a évolué en France.

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Notes :

1 - Dès 1893, lors des élections législatives, Maurice Barrès use d’arguments xénophobes en présentant les Immigrés comme des dominants qui prennent le travail des Français.

2 - Je me réfère ici à divers témoigna ges écrits ou oraux de sans-papiers ayant effectué un séjour en centre de rétention.

•• Le faux problème des sans-papiers

AdNauseam Éditions - Février 2009

46 pages

Écrit par C.C (Le Quotidien des Sans-Papiers)

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