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Identités nationales d’État, de Laurent Bazin

Publié le 16 mars 2008

Numéro hors série du Journal des anthropologues, février 2008.

Paru le : février 2008 - Éditeur : Association Française des Anthropologues, Paris - Reliure : Broché - Description : 241 pages - - Prix : 12 €

À lire sur TERRA, l’article introductif de Laurent BAZIN, Robert GIBB, Monique SELIM « Nationalisation et étatisation des identités dans le monde contemporain », pp. 7 à 37. et larticle de Jacques LEMIÈRE, « De la continuité entre deux prescriptions : de l’intégration à l’identité nationale. », pp. 185 à 201. Avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.

Numéro hors série du Journal des anthropologues, février 2008.

Paru le : février 2008 - Éditeur : Association Française des Anthropologues, Paris - Reliure : Broché - Description : 241 pages - - Prix : 12 €


À lire sur TERRA, l’article introductif de Laurent BAZIN, Robert GIBB, Monique SELIM « Nationalisation et étatisation des identités dans le monde contemporain », pp. 7 à 37. et larticle de Jacques LEMIÈRE, « De la continuité entre deux prescriptions : de l’intégration à l’identité nationale. », pp. 185 à 201. Avec l’aimable autorisation de l’auteur et de l’éditeur.


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(...) En France en mai 2007, la création d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement a suscité de nombreuses réactions. L’apparition du terme d’« identité nationale » dans l’intitulé d’un ministère est une offensive inédite dans l’histoire française, et constitue un piège idéologique dont tout laisse penser qu’il sera difficile de sortir.

Dans sa conférence de presse du 8 novembre 2007, le ministre tentait de définir le contenu de l’« identité nationale ». L’entreprise semble particulièrement ardue puisqu’il s’est cru dans l’obligation d’opérer d’abord trois dénégations avant de souligner sans plus de précision qu’il s’agissait d’un bien singulier menacé dont il faudrait assurer la pérennité : ce n’est pas « une notion défensive » […] « il n’y a pas là la moindre agressivité envers quiconque » […] la « nation » ne doit pas être « amnésique » […] « la France doit pouvoir […] préserver son identité ». Dans les propos même de ses promoteurs, l’« identité nationale » apparaît comme une notion creuse, ce qui en constitue probablement la force : placée sur le devant de la scène elle a suscité débats et controverses qui sont d’eux-mêmes venus l’alimenter ; étatisée et institutionnalisée, elle deviendra un problème permanent, un trou béant que l’administration chargée de la promouvoir s’efforcera selon toute vraisemblance de combler.

Avant même que l’on puisse évaluer les intentions des gouvernants qui s’en sont saisis, ceux qui s’opposaient à l’usage du terme et son institutionnalisation se divisaient sur les raisons de le contester. Pour la plupart, ceux qui s’insurgent soulignent le rapprochement des deux termes « identité nationale » et « immigration », faisant remarquer à juste titre que le gouvernement suggère ainsi insidieusement que l’immigration constituerait une menace contre l’« identité nationale ». Mais, au delà du rejet que suscite l’emprunt de cette thématique à l’extrême droite, est-ce que mettre en avant l’idée d’« identité nationale » serait intrinsèquement négatif ? Serait-ce une notion positive, comme certains l’affirment à gauche, mais qui serait dévoyée par son instrumentalisation politique ? Est-ce son accaparement par un ministère qui serait dangereux, inacceptable ? Mais en vertu de quoi ? Les scientifiques pourraient-ils gloser sur l’« identité nationale » mais décréter illégitime que les hommes politiques fassent de même ?

D’aucuns estiment que l’usage que le gouvernement fait de cette notion est excluant mais que la notion est en soi positive lorsqu’elle est inclusive, par exemple en vertu des principes universels sur lesquels la République française serait fondée. Pourtant Nicolas Sarkozy lui-même a-t-il jamais dit autre chose ? Ne s’agirait-il pas, selon lui, d’assurer que les immigrants connaissent et respectent les « valeurs de la république », et d’en favoriser ainsi l’intégration ?

Si le piège idéologique est si efficace, c’est que l’usage du terme « identité nationale » peut apparaître inoffensif par sa banalité même : loin d’être l’expression agressive de la xénophobie, comme des slogans de la « préférence nationale » ou réclamant « la France aux Français », il vient signifier une revendication similaire sous un terme en apparence neutre, ou même considéré positif pour qui se laisse prendre à l’illusion que l’idée d’« identité nationale » exprime l’unité de la nation, ce qui la constitue, son essence. Le même phénomène exactement pouvait être observé par exemple en 1994-95 en Côte-d’Ivoire lorsque le mot « ivoirité » fut lancé dans le débat public : il devint immédiatement un point de cristallisation des débats dont il fut impossible de se défaire et qui, dans ce contexte particulier, a agi comme un puissant catalyseur des conflits qui ont conduit au déclenchement de la guerre. En Côte-d’Ivoire comme en France la mise en scène de la notion d’« identité nationale » et son inscription dans les institutions introduisent un bouleversement dans l’ordre du politique qui n’est pas immédiatement perceptible. Pour certains, y compris des historiens, l’« identité nationale » semble avoir toujours existé et serait au minimum intrinsèquement liée à la constitution des États-nations. Mais d’autres historiens, à l’instar de Gérard Noiriel, montrent très bien comment le thème apparaît dans les discours de la droite et de l’extrême droite à des moments particuliers de l’histoire de la France, dans des périodes de crise où une soi-disant montée de la xénophobie, du racisme et de l’antisémitisme permet opportunément de reléguer au second plan les conflits sociaux (Noiriel, 2007a).

Ainsi, si l’indignation est assez largement partagée, il est néanmoins ardu d’entreprendre de récuser l’usage qui est fait du terme « identité nationale » car des divisions profondes apparaissent lorsque l’on essaie d’expliciter pourquoi l’on s’y oppose. La raison de cette polyphonie tient d’une part à l’imprécision de l’expression elle-même mais aussi à l’absence d’analyse claire du phénomène que constitue l’introduction en France aujourd’hui d’une telle notion.

la suite : « Nationalisation et étatisation des identités dans le monde contemporain », pp. 7 à 37.

[Source : RESF : http://www.educationsansfrontieres.org/?article12278]

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